mercredi 12 novembre 2008

La fin du blogue

Me voici à boucler un cercle.

J'ai créé ce blogue au tout début de ma grossesse dans un soucis égoïste de partage. Un partage sur ma façon de porter et donner la vie qui me manquait dans ma vie 'réelle'. J'ai eu envie de raconter et le blogue m'a semblé un bon médium.

L'exercice a été plus ardu que je ne le pensais. Quoi dire? Comment le dire? Quoi dévoiler? Qu'est-ce qui est pertinent? Qu'est-ce que j'ai besoin d'écrire? Et surtout, pourquoi l'écrire?

... et pffft, mine de rien, le temps que ça prend!

Aujourd'hui, je me promène au fil des textes d'archives. J'en vois des émouvants, des intéressants et d'autres que j'aurais dû ne pas écrire. Je vois aussi tout ceux que j'aurais voulu écrire mais qui sont restés lettres mortes! Au final, je suis heureuse d'avoir tenu cet espace, aussi imparfait soit-il. Ça permet d'explorer une autre facette de la communication sans compter tous ces textes que je partagerai un jour avec ma petite belle.

S'il faut savoir plonger, il faut aussi savoir sortir de la piscine. Je ne suis pas une militante de la naissance autonome. Je n'en ai jamais fait ma cause. Je suis ouverte au partage si l'occasion se présente bien sûr, mais pour le reste, ça devient incongru de continuer à écrire/penser/discuter ce sujet sous la forme d'un blogue. La grossesse et la naissance autonome ont simplement été notre façon de mettre deux de nos enfants au monde - et aujourd'hui, on n'en voit aucune autre. À nos yeux, ça n'a rien d'inusité, de marginal, d'idéal à atteindre. Il s'agit simplement d'une façon de faire qui nous rend Vivants et à chacun/chacune de trouver la sienne.

Pour continuer ailleurs, d'autres lectures sur le 'mouvement' freebirth, en anglais malheureusement:

Le site de Laura Shanley
Le Blogue de Rixa
Les ressources de Pure Birth Australia
Le site Unassisted Homebirth

... et un blogue coup de coeur qui n'a rien à voir avec la naissance autonome mais tout à voir avec le respect pour les forces et les faiblesses de la vie. Celui d'une sage-femme états-unienne qui pratique au Ghana: Babycatcher.

Peut-être y reviendrais-je un jour au blogue, mais encore faut-il avoir quelque chose à dire. Ces jours-ci, j'ai surtout quelque chose à faire. Je retourne donc tout à mon babymoon qui dure et dure encore...


Ab imo pectore,


Annie xx

mercredi 29 octobre 2008

Venir au monde

SAQIYUQ: inuktitut pour désigner un fort vent qui souffle sur la banquise,
un vent qui change subitement de direction tout en maintenant sa force.

Un mois et demi avant la naissance, après bien des réflexions, mon amoureux décide de quitter son emploi. Il accepte aussitôt un contrat jusqu'au 14 octobre. Tout le monde est persuadé que le bébé arrivera pendant ce contrat. J'accouche toujours d'avance. Et pourtant. Les jours passent et pas de bébé. Le contrat se termine, pas de bébé. Le 15, il va fermer ses dossiers. Pas de bébé. Le 16, il a une entrevue pour un nouvel emploi. Jamais je n'aurai été enceinte si longtemps.

Le 17 octobre est la première journée en un mois et demi où mon homme n'a rien de prévu à l'horaire. Le vent tourne. Saqiyuq.

Au petit matin, je me réveille déçue de ne pas avoir de contractions. J'espère le bouchon muqueux en allant à la toilette. Rien. Je me recouche puis cette chaleur qui serre doucement le bas ventre. Les yeux ouverts et le sourire aux lèvres, j'appelle la suite. Une autre. Je la veux, l'accueille. Puis 4 autres dans l'heure qui suivra.

Saqiyuq!


Je me lève pour préparer les garçons pour l'école. Tous les trois viendront à tour de rôle serrer avec tendresse mon gros ventre. Les crampes sont toujours là, discrètes. Avant que mes grands ne quittent avec leur père pour l'autobus, prise d'urgence je leur dis: "Les gars, si ce sont les grands-parents à l'arrêt d'autobus cet après-midi, c'est que papa et maman sont en train d'avoir le bébé!" Mon amoureux me lance un regard surpris. C'est pour aujourd'hui que je lui dis. Il quitte avec le sourire.

Je déjeune avec mon fils le plus jeune. Je remonte ensuite m'étendre pendant qu'il joue à mes côtés. Mon homme déjeune. Je me lève rapidement, pleine d'énergie. Je ne veux pas du lit, ni de la chambre. Il fait si lumineux dehors! Je m'habille, pense à la journée qui vient. J'écoute le coeur foetal battre, plein de vie. Mon amoureux se fait discret, calme. J'apprécie qu'il ne pose aucune question et je ne sens pas le besoin de sa présence constante. Il me dit de ne penser qu'à moi, qu'il se charge du reste. C'est ainsi qu'il s'occupe d'Albert, puis va le mener à la garderie où mes parents le prendront en après-midi.

Je décide d'aller marcher près de la rivière. Les crampes sont régulières. Je quitte avec mon cellulaire, une pomme et mon Ipod. Comme l'air est doux! Le soleil d'automne vient illuminer tout ce qu'il touche. Je mets le casque d'écoute et file. C'est la chanson Yellow de Coldplay qui joue. Cette chanson que j'écoutais encore et encore en juin, alors que j'étais sur la banquise avec ce bébé dans mon ventre. Je marche vivement. J'aime que mon talon sur le trottoir claque en même temps qu'une crampe arrive. Trop de joie. Je vais accoucher aujourd'hui. Des larmes de bonheur coulent sur mes joues et je marche encore plus vivement.

Je passe devant "mon arbre", un orme immense. Je touche son tronc et sens nos sèves couler. Tout autour est plein de couleurs. Mes yeux voient plus clairement les détails de l'automne.

Puis mon téléphone sonne. Mon homme qui rigole, on vient de l'appeler, il a eu l'emploi. Ce vent qui tourne encore. Tout va si vite, on est surpris, heureux. Je continue de marcher en imaginant cette nouvelle vie.

Plus loin je m'assois face à la rivière et j'attends les signes de mon corps qui accouche. Ils sont là, impossibles à manquer. J'ai le coeur plein de bonheur et ferme ces yeux qui coulent encore de joie.

J'écoute cette nature urbaine. Je sens le vent frais sur mon visage et ça m'apaise. Je sens l'odeur terrienne de l'automne puis, en arrière fond, elle me frappe. L'odeur de l'eau froide. Me voilà replongée au Pôle Nord, sur la glace. Parce que voilà ce que sent le Grand Nord: l'eau propre et froide. Toujours les yeux fermés, ces images de blancs, de bleus, de gris. La force des glaciers. Le silence de l'essentiel. Que toute la force de cette nature vienne bien faire naître mon bébé!

Puis, j'ouvre les yeux. Le clash qu'on ressent presque comme un coup de poing. Toutes ces couleurs violentes de beauté! Comment est-ce que ça peut être si beau? C'est alors que devant mes yeux flotte un prénom pour ce bébé. Un prénom qui colle, mais un prénom de fille. Que puis-je bien faire avec un prénom de fille alors que c'est un petit Clovis qui est là, tout près? Je le laisse passer le prénom, lui dit adieu. Me lève et marche encore.

Les crampes sont plus rapprochées. Je sens le besoin de revenir à la maison, d'être avec mon homme. Arrivée chez moi, je le retrouve au téléphone avec un ami. Je consulte mes courriels puis j'ai ensuite envie d'un bain. Mon amoureux vient me voir et m'apporte à manger. On discute de la suite des choses et il quitte pour l'épicerie. Seule dans la maison, je suis bien dans l'eau. Les contractions se prennent doucement, calmement. Je touche dans mon vagin et je sens une tête juste là, mais je n'arrive pas à rejoindre mon col, trop loin derrière. Le bébé bouge bien. Il se tourne, se place, se prépare pour le grand voyage de la naissance.

Je sors du bain après un long moment et avec mon homme, on prépare la chambre. Je sais qu'en bas, il a fait bouillir de l'eau et placé le linge stérile au four. Il couve et je l'aime. Nous dansons ensemble. Pendant la contraction, je m'accroche à son cou, je voudrais être suspendue dans le vide. Je veux m'ouvrir, tout de suite! Mon homme me dit d'oublier la 'technique', de prendre les choses doucement. Il a raison et ça me fâche. Je ne veux pas de douceur, je veux être dans la naissance animale, violente.

Je m'installe dans la chaise berçante de façon à envoyer la pression vers le bas. Mon homme doit se pencher pour être près de moi. Après un moment, je suis frustrée. J'ai l'impression de stagner. Mon amoureux me dit alors qu'il a mal au dos. Je me demande s'il pourra tenir le coup, j'ai besoin qu'il aille toute son énergie. Il décide d'aller s'étendre dans le lit. Je me couche à ses côtés et ça ne va plus du tout. Une contraction vient et je plonge dans la souffrance. Moi qui accouche dans le silence, je me mets à crier. Mon amoureux se redresse, ça ne ressemble à rien de ce qu'on connait. Une autre contraction et c'est pire encore. Ça suffit que je dis, il est hors de question que je reste dans ce putain de lit! Je me lève en colère, l'énergie n'est plus bonne du tout. Saqiyuq, le vent doit tourner maintenant!

Souffrante, je veux retourner dans le bain. Mon amoureux le prépare et me dit qu'il a faim. Dans ma tête, c'est la tempête. Je ne veux pas qu'il s'en aille! Et s'il devait ne plus revenir? J'ai mal, je me sens seule.

Mais le vent tourne, encore une fois.

Je regarde l'eau et me dis que je ne peux pas laisser mes vieilles peurs prendre le dessus. Je suis capable d'être seule. J'ai besoin d'être seule. Je lui dis d'aller manger, que ça va aller. Il quitte et je me retrouve dans le bain. Je suis bien. La contraction arrive et elle passe. Plus de souffrance, pas même de douleur. Je flotte. Je suis à nouveau dans ce corps. Je décide d'aller toucher ce bébé. Je sens une belle ouverture avec une poche des eaux bien bombante et un col tout retroussé autour de cette belle tête.

Je reste un long moment dans le bain, seule. Puis j'ai envie de mon homme. Juste au moment où je m'apprête à prononcer son prénom, je l'entends qui m'appelle. Il s'assoit en silence à côté du bain et je murmure: "Je pense que j'ai besoin de toi maintenant". Il me donne la main et on reste comme ça, à prendre les vagues qui passent. C'est doux.

Je sors finalement du bain avec son aide. À nouveau sur la chaise berçante, mais dans un autre espace temps, celui de l'accouchement. Un monde où les paroles sont superflues et où l'amour prend toute la place. Mon homme place ses mains chaudes sur moi, sur mes seins, mon ventre, mes cuisses, entre mes cuisses. Les contractions arrivent et il reste immobile. Je m'accroche à lui, je l'aime. Il me dit de me laisser traverser par la vie et je pense à cet immense cap de l'Ile d'Anticosti. Je suis un roc. Mon corps et ma tête sont totalement relaxes, je ne sens aucune tension et n'offre aucune résistance. Je somnole, je suis dans un brouillard amoureux et douillet. Puis j'ai mal au coeur, je me demande 'combien de temps encore'?

Saqiyuq!

À cette dernière pensée, un seul mot clignote devant mes yeux fermés: transition! J'ouvre les yeux. Parti le brouillard. Je suis pleine de lucidité et je demande à mon amoureux s'il est prêt à l'avoir ce bébé. Je le tire aux toilettes en lui disant que je vais perdre mes eaux d'une seconde à l'autre.

Assise sur la toilette, une contraction arrive. Pas de doute, ça pousse. Une autre contraction puis 'plouc', la poche des eaux est crevée et ça descend encore. Je me lève, on regarde la couleur du liquide qui nous semble brunâtre, laiteux. Mon homme me demande si c'est du méconium. Je lui dis qu'on s'en fout, que tout va bien! Je suis fébrile, dans l'urgence. Je veux ce bébé maintenant. Je m'installe d'abord accroupie dans le lit, mais je n'y suis vraiment pas bien. Mon amoureux se place derrière moi et je me couche le dos contre lui. Il me tend le doppler, on écoute le coeur foetal. Je compte un peu plus d'une 30taine de battements en 15 secondes. C'est parfait. Le bébé réagit très bien au travail. Je m'installe et on attend.

On attend ce qui me semble une éternité sans que rien ne se passe.

Puis je la sens venir la vague.

Dieu que ça pousse, dieu que je suis heureuse! Je veux sortir ce bébé de là. Je fais remarquer à mon homme comme tout va bien. Du liquide coule sur mes mains, je regarde la couleur et c'est clair comme de l'eau. Oh oui, tout va très bien, c'est à peine si je n'entends pas la Mort qui quitte la pièce. La Vie est toute là, resplendissante et je me promets d'y goûter avec tout mes sens.

Nouvelle pause. Nouvelle poussée. Ça brûle mais je n'arrive pas à toucher à la tête, toute recouverte de périnée qu'elle est. Mais je la sens et je veux ce bébé, vivant, sur notre lit, tout de suite.

Pause. On entend l'angélus résonner au loin. Il est 18 heures. On s'embrasse.

Autre vague. Mes yeux sont fermées et je sens sa tête émerger. Ça tire, je pousse. Mon homme se redresse derrière moi. Ému, il s'écrie que oui, la tête est là! Il me dira plus tard que ses yeux regardaient le plafond. Un bébé en postérieur! Comme moi à ma naissance, comme ma mère à la sienne. Comme les Inuit aussi, qui autrefois accouchaient surtout en postérieur. Naissance tout en symboles.

J'entends aussitôt des petits vagissements. Oh! le bonheur. Ce bébé vivant respire sans même être complètement hors de moi. Je le veux maintenant dans mes bras alors je pousse de toutes mes forces et je sens un corps qui glisse. Je crois que ça y'est et tente de me relever, mais une autre poussée m'indique qu'il en reste encore en-dedans de ce bébé! J'aide la poussée et voilà le travail!

J'ouvre les yeux aux pleurs de ce petit. Mon homme saute aussitôt du lit. Je me redresse vivement vers mon bébé. Je le vois entre mes jambes, si rose, plein de Vie et avec... une vulve! Une petite fille. Saqiyuq! Une toute petite fille, là, qui est sortie de moi! Je ris et pleure à la fois. Je crie: "Jo! C'est une fille?!?" Les yeux de mon amoureux deviennent plein d'eau, il rigole en sautant de bonheur puis file chercher les couvertures chaudes. Je la prends contre moi, ma petite fille. Je la colle, je la sens, je l'entoure de mes bras et regarde à nouveau son sexe. J'ai porté une fille, c'est elle la petite qui était avec moi depuis tout ce temps.

Enveloppées dans nos couvertures, on reste bien collées. Mon amoureux a aussi envie de la prendre, mais son cordon bat encore. Je lui offre alors d'y aller comme ça, avec le cordon, mais il n'aime pas l'idée. Il refuse néanmoins qu'on clampe tout de suite. On attendra 45 minutes. J'aurai le temps de la faire téter, elle aura besoin de soutien pour bien prendre le sein. Elle est fébrile. Je clampe ensuite et mon chum, torse nu, peut prendre sa fille contre lui.

Je continue à avoir de bonnes contractions. J'ai drôlement hâte que le placenta sorte de là. Ça saigne régulièrement, on change le piqué de temps à autre et je n'ai plus de patience. On décide de téléphoner à Marie, une sage-femme qui m'a offert son aide pour l'après naissance. En attendant je m'accroupis pour voir s'il ne sortirait pas de cette façon. Je le fais au-dessus d'un plat à vaisselle mais ne vient que du sang. Je pousse un peu, rien. Hum. Je suis frustrée, mais je n'ai pas peur. Le sang ne me dérange pas, je sais que les pertes sont dans la norme. J'ai tous mes esprits et suis en pleine forme. J'ai seulement hâte d'être lavée et dans mon lit avec mon homme et notre bébé.

Marie arrivera 1h20 après la naissance. Elle palpe mon utérus. Tout nous semble normal. Elle me dit qu'elle a de la syntométrine, qu'elle peut faire une injection. Avec un sourire en coin je lui dis que je ne pense pas du tout qu'on en soit rendues là. Elle ne dit rien puis se met à rire: "Tu as raison, qu'elle me dit. Tout va bien." J'ai l'impression qu'elle se ramène à 'l'ici/maintenant', je la sens plus relaxe. On remet la petite au sein. Marie s'assoit à côté de moi. On parle de la naissance, elle change mon piqué, tourne le cordon calmement. Je sens une contraction qui vient et je lui dis que je vais pousser. Je visualise le placenta qui s'en va. Je n'ai qu'à pousser un peu et je le sens décoller. Je dis qu'il s'en vient. Il sortira comme une caresse. Il est immense, un peu calcifié. Marie s'aperçoit ensuite qu'un mini bout de membrane sort encore de mon vagin. Ça saignotte alors on décide de clamper ce mini bout de membrane qui semble vouloir rentrer - ce qu'on ne souhaite pas. On attend 15 minutes, calmement. À la venue d'une contraction, je pousse et la voilà qui vient enfin! Le mini bout de membrane se transforme en immense pan de membrane et quelques gros caillots. Marie n'a jamais rien vu de tel!

Je suis heureuse d'avoir eu son oeil sur ce coup là. Ça n'aurait pas été "dangereux" sans elle, mais j'aurais eu des tranchées de l'enfer - sans compter l'étonnement à voir cette immense peau sortir de moi! Le 3e stade du travail aura duré plus d'une heure quarante cinq.

À l'examen, on voit que j'ai une déchirure du 2e degré. Marie propose des points. Je refuse. Après un bébé, un placenta et une membrane, y'en a marre d'être sollicitée à cet endroit! Je questionne Marie. Quel genre de 2e degré? Comment est la déchirure? Suite à ses réponses, ma décision est formelle, pas de points. Marie se range à mon avis en me disant que j'ai raison, rien ne justifie à priori des points si ce n'est le protocole. Mais on n'est pas dans le protocole. Je suis moi. Capable de prendre des décisions pour mon corps et surtout, capable d'assurer ma guérison.

Je peux enfin plonger dans mon bain de plantes pendant que le ménage de la chambre se fait. Marie vient m'aider à me vêtir et j'entends mon amoureux murmurer des mots doux au bébé. Nous sommes dans le silence. Je vois alors sur le plancher la robe que j'ai porté pendant l'accouchement. Je l'accroche délicatement et je dis: "Je vais la garder la robe. Quand ma fille sera prête à accoucher, je la lui donnerai et lui raconterai son histoire." Marie ne dit rien, mais ses yeux brillent drôlement.

Je pense alors à cette vieille conception inuit du temps. Ce temps qui n'est pas linéaire, mais plutôt fait de cercles et de spirales qui s'entrecroisent sans cesse, à l'infini. Au centre, ma vie est bercée par ces mouvements, portée par ce vent du temps, qui change parfois de direction mais qui toujours maintient sa force.

Blanche Saqiyuq D. est née seule chez elle le 17 octobre 2008 à 18h06. Elle pesait 10 livres et 8 onces (4,7kg) et mesurait 23 pouces (57cm).

vendredi 24 octobre 2008

Drôlement envie de me commander ce t-shirt!



*héhé*

mercredi 22 octobre 2008

L'arrivée!









vendredi 17 octobre 2008

L'attente

Hier soir, je tombe sur cette vidéo. À des années lumières du Baby's story mais beaucoup plus proche de mon coeur.

Tôt ce matin, je me réveille avec des contractions. Doux mais bien présent travail préparatoire.

Permettez que je plonge enfin dans ce corps qui accouche.

ps: Difficile à croire mais quand on cherche la vidéo sur YouTube, on se fait avertir que son contenu a été dénoncé par des utilisateurs comme étant 'inapproprié'. Non mais quelle vision tordue...

mardi 14 octobre 2008

Le pouvoir de dire non

Il y a un petit moment que je n'ai pas parlé de notre livre sur l'allaitement.

Eh bien voilà. La semaine dernière, nous avons choisi de dire non à la proposition faite par l'éditeur.

Notre projet a été soumis à un comité éditorial. Ce dernier voulait, pour nous publier, que nous changions l'angle de notre livre et le réduisions de plus de la moitié. Notre premier réflexe a été de dire non, bien sûr. Nous avons quand même pris le temps de tout soupeser, de voir pourquoi c'était important pour nous de garder le cap sur l'orientation choisie dès le départ et de saisir ce que nous attendons d'une maison d'édition. Nous avons aussi voulu rencontrer l'éditeur pour comprendre ses motivations sans pour autant les confronter.

Est-ce que nous sommes déçues?

Bien sûr, j'aurais aimé qu'on décide de nous publier tel quel et qu'on signe aussitôt un contrat lucratif. L'enthousiasme était pourtant réel chez l'éditeur avant le passage devant le comité éditorial. Tout pouvait nous laisser croire que c'était pour couler de source.

Ceci dit non, je ne suis pas déçue. Je trouve que toute cette expérience a au contraire été enrichissante. Elle nous a entre autre permis de cerner encore plus notre angle, de s'entendre toutes les deux sur la direction que l'on voulait prendre et sur les valeurs que l'on voulait mettre de l'avant dans ce livre. Beaucoup de riches discussions et une motivation nouvelle pour approcher de nouveaux contacts.

L'accouchement sera plus long que prévu, mais le bébé continue de bien se présenter!

vendredi 10 octobre 2008

Action de Grâce



Quelle belle saison,



pour donner la vie...



La lumière, l'odeur, le vent, tout pour mettre les sens en éveil.

mercredi 8 octobre 2008

Paniers de naissance (ajouts photos)

La fin approche. Voici mon équipement pour la naissance, bien différent de celui-ci!
Ce n'est pas compliqué d'amasser le matériel pour un accouchement à la maison. Il n'y a pas d'objets à avoir absolument non plus. Chaque famille y va au gré de ses besoins, de ce qui fait sens pour elle.

J'ai vraiment beaucoup plus de choses que nécessaires! Un jour avec d'autres femmes, on se demandait ce que nous devions absolument avoir pour accoucher. Les objets qui, sans eux, feraient qu'un accouchement autonome devenait difficile pour nous. Après bien des réflexions, notre liste ne tenait qu'à quatre éléments: eau potable, couverture pour la mère et le bébé, source de chaleur, ligne téléphonique.

Quand même. J'ai beaucoup plus que ça!

Je divise mon équipement en deux catégories. Une utile directement pendant le travail et la naissance et l'autre pour le post-partum.


- couvre matelas imperméable à placer dès le début du travail par-dessus le lit fait à l'ordinaire;
- drap contour propre placé sur le couvre matelas imperméable;
- doudou pour rester au chaud pendant le travail;
- sacs plastiques pour protéger les oreillers;
- sacs à ordure (un pour le linge souillé et un pour les déchets);
- papier essuie-tout;
- grand chaudron pour eau à bouillir dès le début du travail;
- mes boules de bain de plantes, dont une à faire mariner pendant le travail;
- huile d'amande / huile à massage;
- jus d'abricot (doux pour l'estomac);
- vêtements pour le travail, bas chauds;
- thermomètre pour moi;
- lampe de poche;
- poire nasale stérile;
- pince à cordon;
- ciseaux stériles;
- gazes stériles pour la toilette vulvaire;


- doppler (location);
- savon antibactérien;
- piqués (une vingtaine);
- compresse gel froide (gardée au congélo);
- compresse gel chaude (gardée à la cuisine pour être passée au micro-ondes);
- bol d'eau chaude pour compresses chaudes;
- bac à vaisselle;
- débarbouilettes propres pour compresses;
- feuilles et crayon pour noter au goût le déroulement du travail, l'heure de la naissance, le poids;
- le guide "Emergency Childbirth" de Gregory J. White, un incontournable classique;
- appareil photo et piles chargées;
- téléphone dans la chambre;
- quelques grigris, lecteur CD qui fonctionne, musique;
- dossier prénatal à jour / numéros de téléphone importants à côté des téléphones chambre et cuisine;


Pour le post-natal maintenant:
- une grande couverture de flanelle pour bébé et moi, stérile et placée au four afin de nous réchauffer tout de suite après la naissance;
- 8 couvertures de bébés stérilisées et placées au four pour garder bébé au chaud les premières heures;
- plat à lasagne pour mijoter une bonne petite recette de placenta (ben non, juste pour le récolter);
- pèse-bébé;
- tuque et vêtements de naissance pour le bébé;
- thermomètre pour le bébé;
- pyjama et soutien-gorge d'allaitement pour moi;
- culottes de grand-mère et serviettes sanitaires;
- couches;
- crème pour les mamelons;
- jus;
- collations;
- magazine, livres, ipod;
- appareils photos jetables pour les deux grands;
- liste d'épicerie et de menus post-natals;



NB: Pour stériliser le linge, il suffit de le laver et le javeliser à l'eau chaude en rinçant deux fois, de le faire sécher et de l'envelopper dans du papier alu en identifiant bien les paquets.

Quel bonheur d'emballer des petites couvertures de bébé en pensant que la prochaine qu'on les verra, elles réchaufferont notre nouveau-né tout rose. On place ensuite au four pendant 1h30 à 200F - avec un plat d'eau au fond du four pour éviter le jaunissement des tissus. Par la suite, on place les petits paquets dans un sac plastique bien fermé. Si après deux semaines l'accouchement n'a pas eu lieu, il faut replacer au four à 200F pendant une heure. À l'accouchement, on place les paquets au four à 150F avec un plat d'eau.


Qui disait déjà que l'extase, ce n'est pas tant l'amour, mais bien de monter les escaliers qui mènent à son amant? C'est un peu comme ça quand on prépare son panier de naissance. Un délice de fébrilité, de douceur, de planification, d'amour. Une connexion aussi avec ces autres femmes qui, depuis la nuit des temps, font ces mêmes gestes d'attente, de préparation, de nidification.

Je suis la femme qui accouche, je suis toutes les femmes.

lundi 6 octobre 2008

Slogan électoral: Présente pour ce bébé!

Cette naissance aura sa propre histoire;
elle débutera en ses propres termes, avec les signes qui lui appartiennent, son heure bien à elle et sa propre logique;
elle se déroulera à sa manière, sans constamment être comparée à celles d'avant;
les gestes posés s'inspireront du moment, ils ne chercheront pas à répéter, ni à éviter, des gestes faits dans le passé;
elle s'inscrira dans notre histoire pour ce qu'elle est, tout en étant en continuité avec les autres pour ce qu'elles ont été.

Je dois être présente à ce qui arrive ici, maintenant;
plonger dans ce qui est et non pas dans ce qui a été, ou ce qui est à venir;
être à l'écoute du présent pour ce qu'il signifie maintenant;
oublier tout ce que je crois savoir sur la naissance pour me concentrer avec humilité sur ce qui arrive, ce que je ressens.

samedi 4 octobre 2008

L'après

Trouvé sur le site Mayo Clinic, un diaporama instructif des différents types de déchirures vaginales. Attention, ce sont des illustrations... mais ça fait mal juste à regarder!

Pour la naissance qui vient, au besoin, je peux avoir quelqu'un à la maison qui m'aidera pour l'examen vulvaire post-partum. Et euh, non, ce ne sera pas mon chum. Il préfère d'autres types 'd'examens vulvaires' mettons.

Peu importe l'aide sur laquelle je peux compter, j'aimerais bien être en mesure d'évaluer tout ça moi-même, d'où mon intérêt pour ce site.

Voici donc un zone intacte (les notes des graphiques sont en anglais). Évidemment, c'est loin d'être toujours aussi clair dans la vraie vie. N'empêche, ça donne une idée.



Déchirure au 1er degré
La moins grave de toute. Elle peut causer une sensation de brûlure mais n'est généralement pas douloureuse. Elle ne nécessite pas de traitement médical et guérit en quelques semaines.

Des bains de plantes peuvent aider, de même que de verser de l'eau chaude sur la vulve pendant les mictions va soulager l'inconfort.


Déchirure au 2e degré
Elle implique un dommage aux tissus vaginaux et aux muscles du périnée (ceux entre le vagin et l'anus qui aident entre autre à soutenir l'utérus).

Elles peuvent nécessiter des points, c'est-à-voir, mais guérissent bien en quelques semaines.




Déchirure au 3e degré
Implique aussi des dommages aux tissus vaginaux et aux muscles du périnée, mais touche en plus les muscles qui entourent le sphincter anal.

Requiert une intervention chirurgicale et guérit en quatre à six semaines. La réhabilitation peut être longue.



Déchirure au 4e degré
La plus sévère de toutes. Touche aux tissus vaginaux, aux muscles du périnée, au sphincter anal et aux tissus du rectum.

Elle prend plusieurs mois à guérir et les complications comme l'incontinence fécale ou des relations sexuelles douloureuses sont possibles.



Pour aider à la guérison des déchirures:
- rester allongée le plus possible les premiers jours;
- éviter d'écarter les jambes;
- le moins possible de pression directe;
- éviter les escaliers, les exercices vigoureux, les charges plus lourdes que le bébé pour environ deux semaines;
- garder l'endroit propre;
- s'asseoir sur un coussin en anneau ou une surface dure et plate;
- aller aux toilettes accroupie plutôt que directement assise;
- eau chaude pendant les mictions;
- appliquer fermement une compresse sur la blessure lors du passage des selles;
- application de glace et/ou anti-douleur au besoin;
- être attentive aux écoulements anormaux, aux mauvaises odeurs, à une douleur de plus en plus intense;

C'est peut-être un autre sujet, mais je trouve qu'on a tendance à oublier à quel point le post-partum est une période délicate. Il me semble qu'aujourd'hui, nombreuses sont celles à vouloir reprendre leurs activités normales le plus vite possible. Danger selon moi! De prendre tout le temps nécessaire pour bien récupérer d'une naissance protège la santé de la mère et du bébé à long terme. Nos grand-mères avaient compris cela. D'y aller trop vite peut vraiment mettre en péril notre santé globale à court et à long terme.

mercredi 1 octobre 2008

Autoportraits






dimanche 28 septembre 2008

Perplexe

Sur le blogue de Navelgazing Midwife (en anglais), une entrée qui me laisse perplexe...

Barb est une sage-femme de Californie. Je lis son blogue ici et là depuis un an. Elle pratique à la maison et accompagne des femmes à l'hôpital depuis une vingtaine d'années. Elle me fait souvent grincer des dents, mais je continue de la lire parce qu'elle me pousse souvent à réfléchir. De plus, les commentaires sur son blogue produisent parfois de beaux débats.

Ce qui me fait grincer des dents chez elle?

Sa peur.

Malgré qu'elle pratique toujours à la maison, elle est très critique de l'approche 'granny midwife' et encore plus du mouvement 'free birth' - même si elle vient pourtant de ce milieu. Elle penche pour une formation médicale des sages-femmes et une pratique en milieu hospitalier.

Elle était donc il y a quelques jours à une naissance. Au moment du couronnement, elle est presque certaine que le bébé se présente en siège. Comment peut-on n'être que presque certaine? La palpation n'est pas une science exacte, l'écoute de coeur foetal n'indique pas non plus avec précision la position du bébé et elle fait peu d'examens vaginaux. De plus, la femme accouchait dans l'eau, ce qui rendait difficile pour les sages-femmes de bien voir ce qui se présentait.

Quoiqu'il en soit, au moment où elle a été presque certaine que ce qui se présentait était une fesse, elle a demandé à son assistante de téléphoner immédiatement au 911 pour un transfert. Elles ont aidé la femme à sortir du bain, l'ont exhorté à ne pas pousser puis ont attendu l'ambulance pendant 7 minutes.

À l'hôpital, la femme a immédiatement été amenée pour une 'crash c-section', c'est-à-dire une césarienne sous anesthésie générale. Aujourd'hui, la mère et le bébé se portent bien et la sage-femme est persuadée à 100% d'avoir pris la bonne décision dans les circonstances.

Elle explique que sa décision de transférer s'est basée sur 4 éléments:
- la majorité des sages-femmes qui sont poursuivies aux États-Unis le sont pour des bébés en siège, morts à la naissance;
- les bébés en siège ne font pas partie de sa pratique légale;
- elle n'a jamais vu personnellement de bébé en siège naître par voie basse, encore moins 'géré' une naissance en siège;
- sa cliente était une primipare et même les médecins qui 'font' des sièges dans sa région 'n'accouchent pas' de primipares;

Je n'ai pas à poser de jugement sur la décision de cette sage-femme. N'empêche que tout ça me laisse drôlement perplexe! L'accouchement en était à l'étape du couronnement et j'imagine que si la sage-femme n'avait pas sentie le besoin de transférer avant de voir le siège, c'est que le travail se déroulait bien. Cette femme et ce bébé allaient bien.

Ensuite, je me demande quelle place a été laissé au jugement de cette femme. Étrange que son avis n'apparaisse pas dans ses raisons de transfert. Dans toute son histoire, elle ne mentionne jamais le rapport qu'elle a eu avec elle pendant le travail ou pendant la décision du transfert. Comme l'impression que ça s'est fait 'par-dessus' elle.

Tout ça semble pourtant convenir à cette cliente, puisqu'on apprend plus loin qu'elle est satisfaire du travail de la sage-femme, bien qu'elle regrette d'avoir été endormie pendant la naissance de son bébé. Elle croit que son bébé se porte bien grâce au jugement de sa sage-femme.

Je ne suis pas sage-femme. Néanmoins je peux concevoir que la décision d'un transfert se fait souvent rapidement. Que ça doit être extrêmement difficile de juger et qu'en ce sens, elles peuvent pouvoir aimer se baser sur un protocole clair ou à tout le moins sur leur propre code d'éthique. Je conçois aussi que la menace de recours légaux doit engendrer la peur chez ces femmes là.

Mais est-ce que la décision de transférer ne revient qu'à la sage-femme? Quelle place pour celle qui accouche? A-t-elle été mise au courant que sa sage-femme n'avait aucune expérience dans l'accompagnement d'un siège, que la solution qui l'attendait était la césarienne sous anesthésie générale? Quelle évaluation fait cette sage-femme des risques pour la femme et son bébé (et non pour elle) d'une césarienne sous anesthésie générale vs ceux de l'accouchement d'un siège? Comment aurait-elle réagit si sa cliente lui avait: back off, laisse-moi sortir mon bébé de là, de cette façon là!" ... est-ce qu'une femme est non seulement capable de dire ça à une sage-femme, à un médecin? D'aller contre un avis professionnel?

Je pensais à cette histoire cette nuit (vive l'insomnie de la fin). Elle illustre pourquoi, dans mon cas, je ne veux pas de sage-femme à mon accouchement. Toutes mes réflexions et ma préparation en vue de la naissance tiennent précisément à ce que je sois celle qui soit en mesure de prendre les décisions qui concernent ce bébé - et une de ces décisions en passant pourrait fort bien être, en cours de route, de téléphoner à une sage-femme ou de me rendre à l'urgence pour une césarienne d'urgence.

Est-il possible que je me trompe dans mon évaluation du 'ici/maintenant'? Bien sûr, avec cette possibilité de conséquences tout aussi dramatiques que n'importe quelle autre naissance comporte. Mais je crois fondamentalement que d'être celle qui prend les décisions pour ce bébé est justement ce qui assure le plus notre sécurité. Je ne parle que pour moi, je n'en tire aucune leçon universelle.

Et au centre de cette histoire, le siège évidemment. Un transfert pendant le couronnement avec une césarienne sous anesthésie générale... pour un siège. Ça me remue aussi parce que, après bien des réflexions et des lectures, je sais depuis un petit bout déjà que je serais loin de m'énerver pour un siège.

Alors vite, un autre son de cloche!

Les réflexions de Lisa Barrett sur le siège, avec de belles photos d'un accouchement en siège dans l'eau (en anglais);

Magnifiques photos qui font monter les larmes aux yeux et long récit d'une naissance autonome d'un siège - présentation par le pied (en anglais et un peu long à charger);

Michel Odent sur les présentation en siège, les sages-femmes et l'accouchement à la maison.

jeudi 25 septembre 2008

Eugénie

La semaine dernière, une dame me raconte avec moult détails la triste histoire de sa belle soeur qui, il y a 20 ans, a perdu son bébé à l'accouchement. Habituellement, j'arrive plutôt bien à faire la part des choses entre ma vie et ce qui appartient à celles des autres.

Pas cette fois.

Toute la journée, sans savoir pourquoi, j'ai l'image de ce petit moïse vide qui flotte. Je me mets à en vouloir à cette femme qui ne pouvait quand même pas ignorer que je suis sur le point de donner naissance avant de me balancer ses histoires de peur vieilles de 20 ans!

Cette nuit là, bien sûr, un rêve.

Je suis à faire le grand ménage de ma chambre avec mes trois gars en vue de l'accouchement. Puis apparaît ma grand-mère Eugénie venue me donner un coup de main. Je suis heureuse de la voir! Ça fait longtemps et elle me semble si rayonnante!

Eugénie est la mère de ma mère. Elle est morte depuis quelques années déjà. Dans ma vie, c'est la figure maternelle par excellence. Elle a eu onze enfants, chez elle, avec qui elle dormait et qu'elle allaitait au moins six mois. À la tête d'une famille unie, elle a toujours été douce, intelligente, aimante et douée pour le bonheur. Elle m'apparait encore aujourd'hui comme l'archétype de la mère idéale.

La voici donc dans ma chambre à s'activer. Avec elle une pile de feuilles. Elle s'assoie sur le lit et se met à les classer. Une pile qu'elle garde précieusement et une autre qu'elle jette avec désinvolture dans la poubelle. Mon fils le plus vieux lui demande ce qu'elle fait.

- Je fais le ménage dans les histoires de naissances. On garde les belles et on se débarrasse des autres. Surtout, il ne faut pas que le vent tourne!

... et la voilà qui se lève en aérant la pièce.

Grand-maman Eugénie sera là quand le bébé va arriver et ça m'apaise drôlement :-)

mercredi 24 septembre 2008

Dans mon petit panier il y a...



Quatre belles tartes!

Deux à la rhubarbe du jardin et deux aux pommes cueillies aujourd'hui même par mon fils. On ne voit sur cette photo les six litres de bouillon de poulet, les vêtements des garçons tout classés et mes planchers nickel!

... Que j'aime cette énergie si particulière que seul l'automne combiné à l'attente d'une nouvelle vie peut apporter. J'y plonge à fond pour y goûter une dernière fois.

Plug bio

En janvier dernier, on prenait la résolution de vraiment se tourner vers une alimentation et un mode de vie biologique/locale. Simplement d'en faire un guide, mais pas un dogme non plus. Ce n'est pas si simple quand on est en ville, qu'on nourrit plus qu'une ou deux bouches et qu'on veut quand même en avoir pour son argent.

... mais on a fini par se développer un petit réseau!



Les Jardins urbains propose un concept d'épicerie biologique en ligne pour les gens de la ville. On y trouve en priorité des produits biologiques ou naturels québécois comme les viandes et volailles fraîches, les poissons et les fruits de mer, des laitages, de la boulangerie québécoise, des fruits et légumes biologiques et différents produits d'épicerie. En tout: plus de 1300 produits! Ils livrent à la maison partout à Montréal dans les 24/48 heures suivant la commande.

J'aime beaucoup leur flexibilité, la variété de produits et le fait que les viandes soient livrées fraîches et non surgelées (plus facile à séparer). Les prix sont aussi compétitifs, particulièrement pour les viandes. De plus, belle nouveauté, on y trouve de la viande naturelle locale, comme le veau par exemple. Il s'agit d'une viande élevée au Québec de façon naturelle mais sans avoir la certification biologique.

Le Club Organic de Montréal est une épicerie de produits biologiques qui existe depuis 1992. J'y vais pour leurs produits en vrac et les grosses quantités, particulièrement pour les grains et céréales, les pâtes, les noix et fruits séchés.

Évidemment, les Nettoyants Lemieux sur Papineau. Pour la lessive, la vaisselle et le ménage, mais aussi de plus en plus pour leurs produits corporels. Avec un petit bonhomme à la peau sensible et un autre à la peau très sèche l'hiver, je vois bien la différence que ça fait pour eux.

Finalement l'épicerie Viva du Marché 440 à Laval, nouvelle venue. Je n'en parlerais pas si ce n'était de leur section pour les produits de beauté, naturels et de nettoyage (dont une section de vrac Lemieux). Beaucoup de choix de ce côté là. La personnel est aussi de bon conseil. Par contre, pour le reste, ça reste ordinaire: peu de choix de fruits et légumes frais ou de viande et les prix ne sont pas toujours compétitifs.

C'est notre mini-réseau et je reste toujours à l'affût d'autres adresses!

vendredi 19 septembre 2008

L'histoire de M.

Il y a quelques jours, je parlais de la mère comme première spécialiste du bien-être de son bébé. L'histoire de M. illustre de façon extrême ce que tout cela signifie vraiment.

M. est une ancienne collègue de travail. Un peu plus âgée que moi, elle attendait son premier bébé et avait choisi un suivi avec sage-femme.

Dix jours avant d'accoucher, M. croit perdre du liquide amniotique. Inquiète, elle contacte sa sage-femme pour en être bien certaine. La sage-femme l'examine et lui dit qu'elle n'a pas à s'en faire, que d'avoir plus de pertes en fin de grossesse est normal. Elle lui parle également du 'lâcher prise' et du 'faire confiance'. Rassurée, elle quitte le coeur plus léger.

Une semaine plus tard cependant, M. a toujours des pertes et elle ne se sent pas bien depuis quelques jours. Elle a mal au ventre. Et ce bébé qui semble moins bouger. À nouveau, elle contacte sa sage-femme. Cette dernière l'invite à ne pas s'en faire, que tout cela n'est qu'une 'variation de la normalité'.

M. est confuse. D'un côté les paroles rassurantes de sa sage-femme, de l'autre, son mal être et cette inquiétude. La sage-femme propose alors, pour la rassurer, de signer une consultation pour un examen de réactivité foetale.

Elle se rend à l'hôpital le plus près de chez elle. À l'échographie, on lui dit qu'elle a un peu moins de liquide amniotique que la moyenne mais que ça reste dans les normes et que les réactions de son bébé, bien que légèrement limites, sont acceptables. On lui dit de rentrer chez elle et de relaxer. 'Oui mais j'ai mal au ventre?' qu'elle ose. 'Oui mais cette machine nous dit que ça va bien' qu'on lui répond.

Elle retourne chez elle et pleure son incompétence.

Quatre jours plus tard, M. a non seulement encore mal au ventre, elle se met à avoir des pertes vertes. Mal odorantes. Et fait un peu de fièvre. Elle téléphone de nouveau à la sage-femme. Celle-ci se fait rassurante et ne demande pas à la voir sur le champ. M. supplie: 'est-ce que je peux au moins aller te montrer les pertes'? Soupir de la sage-femme 'Pour te rassurer, je vais te signer une autre consultation pour une réactivité foetale'.

Sur la table d'examen, la technicienne ne dépose la sonde que quelques secondes pour aussitôt chercher le médecin: 'Madame, présentez-vous directement à la maternité, votre bébé ne va pas bien du tout.'

Téléphone en catastrophe à son chum. Téléphone à la sage-femme, qui ne viendra qu'en soirée. À l'étage mère-enfant, l'accueil lui indique que ça peut être long avant de voir un médecin, ils sont débordés. On ne juge pas bon de prendre sa température, même si elle affirme faire de la fièvre.

M. veut crier son impuissance, elle croit devenir folle. Personne, personne, personne ne l'écoute.

Une infirmière vient l'aider à enfiler sa jaquette et en enlevant sa culotte: une coulée de perte verte. M. voit l'infirmière blêmir. Elle prend ses signes vitaux et sort rapidement. M. est amenée illico en salle d'op. Césarienne. Son chum, présent pendant la chirurgie, raconte que lorsque le médecin a ouvert l'utérus, ses seules paroles ont été: "Holy shit".

Plus aucun liquide amniotique. Méconium abondant. Infection des membranes.

Le bébé de 5 livres et des poussières a été amené en néonatalogie pour intubation, succion, aspiration. La mère et l'enfant ont été soumis à un traitement massif d'antibiotiques. Il aura un mois et demi la première fois qu'il sera mis au sein, mais l'allaitement ne durera pas à cause du muguet (pas étonnant vu la quantité d'antibiotiques reçus de part et d'autre).

M. raconte: 'J'ai accouché en juin et ça ne fait quelques jours que je me sens revivre.'


Du moment qu'une professionnelle se pose en gardienne ultime de la normalité et qu'un autre accorde toute l'importance à une technologie, quelle possible place pour la mère comme première spécialiste? Cela n'entrouvre-t-il pas la porte à une totale prise en charge? À une déconnexion entre la mère et la vie que son corps construit, que son coeur attend? Quel espace réel pour faire ses propres choix de façon éclairée?

M. s'est heurtée de la façon la plus brutale qui soit à toute l'incohérence d'un système. Une culture qui évacue l'intérieur pour ne se fier qu'au pouvoir de l'extérieur - un extérieur qui nécessairement sait puisqu'il se pose indubitablement en expert.

Notre culture de la naissance semble placer l'expert au centre de tout. Imaginons un changement de paradigme. Une culture qui placerait celle qui porte la vie comme clé de voûte de la naissance.

mercredi 17 septembre 2008

La sorcière et le bain de Cléopâtre



J'ai entendu parler du bain de plantes post-partum la première fois sur un forum de discussion états-uniens. Le sujet est ensuite revenu lors de mes lectures ici et là. L'appel était trop fort. Il s'agit en fait d'un mélange d'herbes à faire infuser longtemps et à verser dans le bain après la naissance. Les bienfaits sont bien sûr sensoriels pour qui aime les bains, mais aussi curatifs puisqu'il aide à nettoyer, soigner et soulager les parties génitales et le siège.

Je suis très bain. Très, très bain!

Et m'semble que d'accoucher en octobre, au moment où c'est un petit peu plus frisquet mais toujours lumineux, le bain ne peut être qu'un succès.

Il se vend sur quelques sites états-uniens des mélanges tout fait d'Afterbirth Herbal Bath. Je trouvais ces mélanges chers, complexes et ils variaient énormément d'un endroit à l'autre. J'avais envie de faire mon propre choix de plantes en sachant bien pourquoi je les mettais dans ma mixture.

Alors voici ma recette que j'ai concocté avec un malin plaisir:

- consoude: un must, plante qui soigne et qui soulage;
- busserole: tonifie les organes génitaux;
- bourse de pasteur: favorise l'arrêt de l'écoulement sanguin;
- romarin: antiseptique, réduit l'enflure et de plus elle sent bon;
- avoine: douceur, douceur, douceur pour une peau qui a travaillé fort

Dans de l'étamine, j'ai mis environ deux grosses c. à table de chaque plante. J'ai eu assez d'étamine pour me faire six belles boules de bain.



J'ai ensuite tout placé dans deux sacs plastiques, avec instructions pour l'homme, que j'ai rangé dans mon panier de naissance.

Au début du travail, on fera bouillir de l'eau dans une théière. Ensuite, on jettera une boule de bain dans cette eau et on laissera mariner tout ça jusqu'au moment où, après la naissance, je serai prête pour le bain. Mon chum versera alors l'infusion et la boule dans le bain en y ajoutant 1/2 tasse de sel de mer. Me restera plus qu'à chanter:

C'est le bain de Cléopâtre
Bain limpide et parfumé
Pour baigner son corps d'albâtre
Versons les amphores de lait



L'infusion post-partum peut aussi s'utiliser en vaporisateur ou en simples compresses pour le siège.

Vive les sorcières du mois d'octobre *gnark, gnark, gnark*!

Hormone (en anglais)



source: Hathor the Cowgoddess

lundi 15 septembre 2008

Père protecteur, père impuissant

Avez-vous vos mouchoirs?

The Other Side of the Glass est un documentaire qui devrait être prêt au début de 2009. En voici un extrait de dix minutes, en anglais.

Il s'intéresse aux pères. À leur rôle - surtout leur impuissance- lors de la naissance de leurs enfants. Nous qui sommes si promptes à occuper tout le terrain de la naissance, il est bon d'entendre toute la sagesse de ce qu'ils ont à dire.

Bien que le début soit un peu lent, ces images sont terriblement émouvantes. Celles de ce père qui regarde son bébé subir l'examen de routine postnatal en ne cessant de répéter: "Je pense que c'est le temps de retrouver maman maintenant", "Quand est-ce que vous allez le redonner à sa mère?"...

Celles de ce soldat américain, habitué de l'Irak, qui avoue avec peine son impuissance à protéger les siens lors de la naissance de son bébé.

Celles de ces hommes fiers qui, déjà plus vieux, gardent encore sur le coeur la façon dont ils ont vécu l'arrivée leurs enfants.

Et que dire de la colère ressentie à observer comme un voyeur la routine de l'examen d'un nouveau-né en pleine santé.

Clash violent entre ça et la naissance de mon dernier bébé: silence universel, douceur, paix. L'image de mon amoureux qui enlève sa chemise pour prendre son petit contre son torse et s'asseoir tranquillement sur la chaise berçante pendant que je me nettoie est gravée dans mon être. Comment accepter que ça leur soit volé?

Colère et tristesse donc, mais en même temps immense sérénité, amour et gratitude de savoir que dans quelques semaines, l'homme de ma vie fera encore une fois tout ce qu'il peut pour nous mettre à l'abri de cette violence.

Non mais comment sommes-nous arrivés à croire que tout ça n'est pas grave?

dimanche 14 septembre 2008

Tante Louise (1945-2008)

Il semble que cela soit dans l'ordre des choses que chaque vie qui arrive soit liée à une autre qui quitte. Ça été comme ça pour mes trois enfants - et cette fois-ci ne fera pas exception.

Cette nuit, la soeur de mon père est morte. Elle était à peine plus vieille que lui. Crise cardiaque. Ça me semble si soudain, mais sans surprise en même temps. C'est la première fois que je perds une tante. Elle n'était pas malade, mais n'était vraiment pas en santé non plus. Une vie sur la pointe des pieds avec, me semble-t-il, beaucoup de tristesse.

Si j'étais Inuk, il est clair que mon bébé porterait le nom de Louise, même si c'était un garçon. Les Inuit croient qu'à la mort de quelqu'un, son âme cherche aussitôt une autre vie pour s'y incarner. Les enfants Inuit, encore aujourd'hui, portent souvent le nom d'un grand-père, d'une tante, d'un cousin. L'âme n'est pas sexuée, le foetus non plus d'ailleurs. Ils sont en fait un troisième genre, jusqu'à la naissance où, tout avant de sortir du ventre de leur mère, l'âme choisi le sexe qu'elle portera dans cette vie. Les parents donnent alors le nom d'un disparu au nouveau bébé, peu importe son sexe, puisque son âme s'y est incarnée. C'est comme cela que l'on peut entendre une mère surnommer sa toute petite fille 'cher grand-père' en l'honneur de ce dernier.

Quoiqu'il en soit, si l'âme de ma tante choisie de s'installer dans mon ventre - et elle est la bienvenue - souhaitons qu'elle saura se donner une vie un peu plus douce cette fois-ci.